Et mon cœur n'a pas bronché,
Il était enfin arrivé cet instant
Mon être n'a pas palpité !
Je suis resté les bras béants
Au lieu de t'en encercler,
Je suis resté couché à terre
Au lieu de me lever, d'aimer !
Mes lèvres, elles, n'ont pas vibré
Pas un mot, pas un sanglot,
Pas de grimace trop visible,
Pas un sourire, masque stupide !
Qu'il fut long, ce silence !
Qu'il fut beau, qu'il fut dense !
Plus beau que ton indifférence,
Plus long qu'un refrain sans couplets
C'était aujourd'hui ou jamais
Un seul jour m'a paru trop court
J'ai préféré me faire muet
Taire toute une vie cet amour
C'était là, c'était maintenant,
Et je n'ai même pas bougé !
J'ai préféré rester couché
À respirer à tes côtés
N'as-tu pas ressenti mon souffle
Te susurrer cette sérénade :
« Je t'aime et je me tais
Je t'aime et je te hais » ?
N'as-tu pas ouï mon sang
Battre plus fermement :
Plus sûr que les amants
D'aimer passionnément ?
Je n'ai rien dit, pourtant
J'aurais voulu que tu comprennes
Mille « Pardons », mille « je t'aime »
Mille chansons, mille poèmes !
C'était l'instant, là, le présent
Il ne m'a pas laissé le temps
De t'enlacer, pas cette fois.
Que l'on me coupe les deux bras !
Je suis resté à t'observer
Que t'es-tu dit, qu'as-tu pensé ?
Je n'en sais rien, et ça me plait
Comme tu es belle, si tu savais !
Mais moi pendant quelques secondes
J'escaladais tous les immeubles
De ta cité vaste et profonde
Et sur tes toits je me suis tût
Au lieu de hurler, la rage ouverte,
Crier à toutes les fenêtres,
Libéré d'un amour défunt :
« JE T'AIME ! JE T'AIME ! » Enfin !
Non, c'eût été trop orgueilleux
Pour toi, ce cri victorieux
Me voilà trop timide, trop vicieux
Chut... Je t'aime... Chut... Tant mieux !

