Mais qui sont-ils, ces inconnus,
Ces fantômes aimés qui se moquent
Et tournoient au-dessus
De nos corps étendus ?
Eux dansent et parlent fort
Sur mon sommeil vaincu
Sur mes rêves d'été
Sur mes amours déçues.
Ils piétinent ma tête
Sans jamais me connaitre
Au diable ! troubles-fête !
Mon âme,
Qui donc les invite
Au banquet de mes noces ?
Dois-je encore supporter,
Mon âme,
Leurs rires qui s'élancent
Sur ma tête brisée,
Et l'orgie de leur joie,
Et leur vin dans mes larmes ?
Mon âme !
Ils se soulent et chantent
Avec leurs mauvaises dents
Et l'haleine des chants
Empeste mon délire.
Ô mes nuits, soyez fêtes !
Mais cédez-moi seulement,
Laissez-moi, je vous prie,
Le droit de m'endormir
Le droit de disparaître
Et le droit à la paix
Non,
Je ne veux plus qu'ils partent !
Je les ai trop aimés
Ces anciens ennemis ;
Ils habitent la main
Qui caresse ma mie,
Ils habitent l'instant
Où nos corps se mélangent,
Et puisqu'ils vivent encore
Ma salive est un puits
Pleine de lies
Où mes songes dégorgent
Leurs cadavres d'oubli.
Ô mes nuits, mes cruelles !
Soyez l'hôte des monstres
Qui ont conquis ma belle
Ô, souvenirs amers !
Laissez-moi refermer
L'embouchure de mes yeux
Sur la tourbe stupide
Où doucement s'embourbe
La mer inepte et vide
La mer aveugle aux flots avides
Des rencontres désenchantées
Qu'un homme lui ait dit
La moitié des bienfaits
Que je veux lui porter,
Qu'un homme l'ait trompée,
Qu'un homme l'ait trahie !
Et du même acabit
Un homme m'a trahi
Un homme m'a trompé.
Je ne veux de répit
Que lorsqu'il sera mort
Et ma main, à jamais,
Celle d'un assassin.
Et si je dois salir
Mille fois mon nom
Mille fois ma main
Mille fois, le refaire,
C'est mon coeur que je lave !
S'il faut que je préfère
Le chagrin à la haine
Entendez-vous, ma chair,
Ce sera mille fois non
Je salirais l'honneur
La mémoire et le deuil
Je délaisserais l'Homme
En meurtrissant la chair
Mais laverais le coeur
Je délaisserais l'Homme
En vous blessant, ma chère,
Mais laverais le coeur.
Qui sont-ils donc, ces inconnus ?
Leurs charognes se heurtent
Et flottent
Sur le plasma des songes
On dirait que s'accouplent
Les dépouilles sanglantes
Et leurs sexes en charpies
Mon âme !
Qu'ai-je fait de ces Hommes
Qui ne voulaient qu'aimer ?[